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Publié par Roland Francart

Pierre Defoux, né en 1924, a dessiné la BD « Xavier raconté par le Ménestrel » dans SPIROU et ROBBEDOES en 1953, repris dans LA LIBRE et aux éditions HELYODE en 1990, enfin aux éditions COCCINELLE en deux volumes (avec 17 planches supplémentaires et tout en couleurs) en 2002. En octobre 2011 à Godinne-sur-Meuse et en mars 2012 à la librairie UOPC de Bruxelles, deux expositions révélaient son œuvre multiple en dessin, peinture, sculpture, vitrail et céramique, sans compter les pièces de théâtre et les émissions de télévision scolaire. Un livre d’hommage à Pierre Defoux a paru en 2011, inventaire et présentation de son univers artistique sous la plume du P. Robert Myle sj, aux éditions Fidélité à Namur. Pierre Defoux est décédé le dimanche 3 février 2013, dernier jour du 40ème Festival d’Angoulême, alors que plusieurs de ses planches originales étaient présentées par Chrétiens-Médias 16 à la Cathédrale. Il y était venu dédicacer la première édition en noir et blanc de ses 75 pages en janvier 1991.
 

Présentation de la vie de Pierre DEFOUX :


image001.jpgPierre Defoux nous a quittés tout doucement ce 3 février 2013.

Né à Arlon le 16 mars 1924, Pierre est le second d’une famille de huit enfants. Son frère Max devient Scheutiste au Japon et son frère André est prêtre du diocèse de Namur.

Au terme de ses études secondaires au collège Notre-Dame de la Paix à Namur, il entre au noviciat le 14 septembre 1942, rejoignant ainsi à Guirsch le groupe de novices connu sous le nom de « belle et riche année ». S’ensuivent des années d’études de philologie classique et de philosophie, de régence à Léopoldville et à Charleroi et de théologie à Enghien avec les jésuites français. C’est à cette époque qu’il réalise pour les éditions Dupuis à Marcinelle la célèbre bande dessinée consacrée à Saint François Xavier. Pierre mettait ainsi à la disposition d’un grand nombre des talents artistiques méconnus des supérieurs de l’époque.

Cette méconnaissance a approfondi un esprit libre fait d’humour, de tact, de profondeur, de discrétion et de souci des autres. Il est ordonné prêtre à Enghien en la fête de Saint Ignace en 1955.

Pierre rejoint le collège St-Servais à Liège comme enseignant de 1959 à 1966 et aumônier des cadets.

Nous le retrouvons au collège St-Michel de Bruxelles de 1966 à 1970.

Vient ensuite le collège de Godinne où il participe activement à la réforme pédagogique au sein d’une équipe d’enseignants enthousiastes.

Il met ainsi sur pied l’option arts d’expression et partage ses talents de sculpteur, de peintre, d’écrivain, de conteur, de scénariste et de metteur en scène.

Avec des membres de la communauté jésuite, il transforme la grande chapelle du collège.

En 1988, il est retraité de l’enseignement et devient curé de Mont Godinne. C’est une période de création artistique intense : céramique et peinture.

Communautés jésuites, collège de Godinne, paroisses avoisinantes, hôpital de Mont Godinne sont les principaux dépositaires de ses œuvres.

Il rejoint ensuite la communauté de Plomcot à Namur où il est supérieur de 2002 à 2005.

A cause de problèmes de vue, il doit limiter ses activités artistiques.

Durant les six années qui suivent il est membre de la communauté Notre-Dame de la Paix à Namur.

Durant ce séjour, il découvre qu’il souffre de la maladie de Parkinson.

C’est pacifié, qu’il rejoint en 2011, la communauté St-Claude La Colombière à Bruxelles.

Cette arrivée à Bruxelles correspond à l’organisation à Godinne d’une exposition où bon nombre de ses œuvres étaient rassemblées.

Au cours de sa vie de jésuite, Pierre n’a jamais revendiqué quelque statut que ce soit, ni recherché les honneurs. Libre à l’égard de lui-même et de tous, il peut aujourd’hui entendre la réponse du Seigneur « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » Mt 25, 40.


IN MEMORIAM PIERRE DEFOUX

Jésuite, prêtre, professeur, Pierre a été en tout un artiste. Le dessin, le sens artistique étaient chez lui un don inné, un talent qu’il a fait fructifier. Mais bien avant d’être l’artiste talentueux et généreux que nous connaissons, lui qui se reconnaissait simplement et modestement traducteur, interprète ou metteur en scène de la parole, Pierre a été un grand observateur de la nature et des humains. Il a jeté sur eux un regard sympathique, contemplatif et évangélique. L’artiste, en lui, était avant tout un contemplatif.

 

Dans notre société qui est devenue de plus en plus une société du spectacle, nous sommes sollicités par une multitude d’images qui se présentent à notre vue. Toutes ne sont pas d’un égal intérêt. Il ne suffit pas de voir. Il faut savoir regarder. Pierre fut un artiste au regard juste, transparent et amical qui nous apprend à regarder. Ce regard d’artiste chrétien porte un double secret dont nous pouvons tirer profit.

 

Le secret de ce regard juste, c’est d’abord de regarder avec les yeux du cœur. Le renard du Petit Prince de Saint-Exupéry a le mot exact quand il dit « qu’on ne voit bien qu’avec le cœur et que l’essentiel est invisible pour les yeux ». Ce regard est celui de l’aveugle-né guéri par Jésus dans l’évangile de Jean (chapitre 9). Ce regard est le chemin de la découverte de Jésus.

 

Pour avoir un regard juste, il faut ensuite avoir dépassé ses illusions sur soi-même et sur le monde. C’est la seconde leçon que nous laisse Pierre. Lui qui était si soucieux des apparences, il nous dit que l’essentiel, nous ne l’atteignons qu’à travers ces apparences imparfaites, au-delà de ces apparences. Si nous nous arrêtons aux apparences, nous restons prisonniers de notre désir. Notre regard reste rivé aux choses telles que nous voudrions qu’elles soient et non pas telles qu’elles sont.

 

Les yeux du cœur, pour un chrétien, ce sont les yeux de la foi. Merci, Pierre, parce que ton œuvre artistique nous invite à regarder vraiment, longuement, intérieurement. Tu nous propose de jeter un regard neuf et toujours renouvelé sur la personne même de Jésus, sur nous-mêmes, sur la nature et sur les événements du monde, au-delà des illusions, un regard réaliste et néanmoins poétique.

 

Il est devenu courant d’opposer le « voir » et le « croire ». Pour Pierre, comme dans l’évangile de Jean, la foi est un « voir », un regard de personne à personne. « Où est le Fils de l’Homme pour que je croie en lui ? », demande l’aveugle-né après sa guérison ; et Jésus lui répond : « Tu le vois, c’est lui qui te parle ». L’œuvre artistique de Pierre est une œuvre qui propose, sans l’imposer, la suite du Christ et l’école de l’Esprit. Une œuvre jésuite, assurément !

 

 

Robert Myle sj

3 février 2013

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