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Publié par Roland Francart

Fribourg jeudi 11 avril 2013

 

La BD chrétienne pour l’évangélisation

 

  1. Définition : identité et discernement

 

Définition de la BD : « histoire en images utilisant les codes graphiques qui intègrent les sons » (voir La BDchrétienne, Cerf 1994, pages 14-16). La BD peut transposer une œuvre littéraire, par exemple la Bible. Elle peut raconter une biographie, par exemple une vie de saint ou d’un personnage chrétien. Elle peut décrire l’histoire d’un monument, par exemple une cathédrale, ou l’histoire d’une région, par exemple un diocèse. Dans ces quatre exemples, on a affaire avec une « BD chrétienne ». Un cinquième cas peut se présenter : un héros chrétien de fiction, comme Loupio, mais ce cas est rare par rapport au nombre de héros de la BD classique.

Les BD chrétiennes sont en majorité catholiques et en langue française. Mais on trouve des BD protestantes, tel Martin Luther King, et orthodoxes, par exemple Les Histoire de Jésus (paraboles) du roumain Călin Stoicănescu. Si le héros est non chrétien, comme Gandhi ou Bouddha, on pourra parler plus largement de « BD religieuse ».

Pour donner le label « BD chrétienne », il ne suffit pas d’avoir « Dieu » dans le titre ! Un texte biblique illustré pour faire comprendre, selon l’auteur, que Dieu n’existe pas, ne sera pas repris dans les listes de BD chrétiennes. L’œuvre d’un dessinateur-scénariste non chrétien, mais qui respecte les Ecritures, pourra être labellisé BD chrétienne.

Les prix « Coccinelle » (depuis 1985) et « Gabriel » (depuis 2000) de la BD chrétienne, décernés par le CRIABD,  donnent des exemples des meilleurs titres parus chaque année. Une liste des BD de chaque année est publiée sur le blog du CRIABD et dans ses revues « Coccinelle » (1985-1994) et « Gabriel » (1998-2013). Ces prix et ces listes sont à 80 % compatibles avec les prix et les listes du prix de la BD chrétienne proclamé à Angoulême depuis 1987.

 

  1. Rayonnement : librairies religieuses et autres librairies

 

La BD chrétienne en français est forte de plus de 1000 titres différents, publiés par une centaine d’éditeurs, répartis en trois catégories : les éditeurs classiques présents en librairies BD, librairies générales et grandes surfaces (Dupuis, Casterman, Lombard, Dargaud, Glénat, Delcourt, Paquet, Soleil), les grands éditeurs chrétiens présents en librairies religieuses (Bayard, Fleurus-Mame, Triomphe, Signe, Emmanuel, Coccinelle, Ligue, BLF) et les petits éditeurs chrétiens peu présents en librairie ou ayant cessé leurs activités (Bosquet, Béatitudes, France Catholique, Serviteur, Téqui, ACNAV, MSM, …).

Les libraires religieux présentent donc des produits différents des autres libraires. Les diffuseurs représentent rarement à la fois les éditeurs classiques et les chrétiens, exception faite pour le groupe Média-Participations qui englobe depuis peu Fleurus-Mame et Dupuis-Dargaud-Lombard.

Si un pour cent des pratiquants fréquentent les librairies religieuses, comment les BD chrétiennes peuvent-elles se faire connaître, en dehors du web ? L’équipe de BD chrétienne d’Angoulême fait un formidable travail depuis 1987 en proposant chaque année fin janvier, en trois points de vente, des albums récents. Il faudrait imiter cette initiative dans les autres Festivals BD et les Foires du Livre. Certaines paroisses proposent aussi des albums, au moment de Noël, de Pâques et des communions. Tout reste à faire dans les écoles et les universités. Pourtant, malgré la TV, les jeux vidéo et les réseaux sociaux, la BD sur papier (ou de plus en plus numérisée) intéresse toujours les enfants et les jeunes. Quant aux adultes, ils y trouvent aussi une lecture à leur goût.

 

  1. Le CRIABD : Promotion du 9ème Art pour l’évangélisation

 

Tout a commencé en 1979 à l’Institut de Catéchèse Lumen Vitae à Bruxelles. Mme Chantal van der Plancke et le P. André Knockaert sj proposaient, à l’occasion de l’année de l’Enfant,  une session d’un jour intitulée « BD Bibliques et Catéchèses » : une exposition d’une centaine de BD en 20 langues différentes ainsi qu’un inventaire de ce qui existait en différentes langues, suivi d’une analyse dans un livre de la collection « Ecritures » de Lumen Vitae.

Les deux auteurs furent invités à dédicacer leur livre à Verviers lors d’une exposition BD en juin 1979.

Deux ans plus tard, une liste des BD hagiographiques paraissait dans la revue Lumen Vitae. Ces inventaires et cette collection d’albums furent le point de départ d’une étude « Trésors de la BD religieuse » en janvier 1985 et d’une grande expo à l’Abbaye de Maredsous, intitulée « De Jijé à Vink, 45 ans de BD religieuses », du 2 août au 8 septembre de la même année. Le communiqué de presse annonçant cette expo était daté du 20 juin 1985, date anniversaire de la mort de Jijé, cinq ans plus tôt, C’est cette date qui a été retenue comme la fondation à Bruxelles du CRIABD, Centre Religieux d’Information et d’Analyse de la Bande Dessinée, le premier numéro de la revue « Coccinelle, la BD à Bon Dieu » paraissant en octobre de la même année. Dès le début, des contacts sont pris avec l’OCIC (Organisation Catholique Internationale du Cinéma) et UNDA (Organisation Catholique Internationale de la télévision), fusionnés aujourd’hui dans SIGNIS. Le CRIABD a été reconnu par l’Evêque référent des Médias, Mgr Remy Van Cottem, et un subside annuel d’environ 1000 euros a été versé par la CCMC (Commission chrétienne des Médias et de la Culture), dès la constitution d’une ASBL (Association sans but lucratif) en 1986. En 2000, un contact fut pris à Rome avec Mgr Patrick Folley, Président du Conseil Pontifical des Médias, renouvelé en 2012 avec son successeur Mgr Claudio M. Celli. Contacts également en 2011 et 2012 avec le P. Laurent Mazas du Conseil Pontifical de la Culture et en 2012 avec le P. Duvernier du Conseil Pontifical pour la Nouvelle Evangélisation.

Lles réalisations du CRIABD furent nombreuses depuis près de 30 ans : Visite au Festival BD d’Angoulême en janvier 1986, réunions mensuelles à Paris de mars à décembre 1986 pour préparer la présence catholique et protestante au Festival d’Angoulême, réunions mensuelles à Lyon en 1987-1988 pour préparer l’expo et le numéro de Missi sur la BD chrétienne en novembre 1988, présence aux festivals BD de Québec, Audincourt, Illzach, Saint-Malo, Lucca, Hyères, Solliès-Ville, Tournai, Durbuy, Charleroi, Grenoble, Sierre, Lausanne, Middelkerke, Knokke, Turnhout, Gorinchem, Contern, aux Festivals de BD chrétienne à Soignies et Libourne, aux Foires du Livre de Bruxelles, Paris, Genève, Turin, Francfort. Expositions diverses, articles, conférences, émissions radio (mensuelles sur RCF-Bruxelles depuis 1995) et télévisées, présence aux vernissages, contact avec éditeurs, libraires, dessinateurs. Les 28 dossiers des Assemblées Générales du CRIABD sont là comme témoins des activités multiples.

La bibliothèque et le secrétariat du Centre connurent plusieurs adresses : chez les Jésuites (rue Fauchille), chez UNDA (rue de l’Orme), chez les Dominicains (rue Murillo), à la Librairie UOPC (chaussée de Wavre), à la Paroisse Ste Alice (Avenue Dailly), à la Basilique Nationale du Sacré-Cœur (Koekelberg), au Collège St Michel (boulevard St Michel). En 2012 fut décidé le prêt de nos collections et archives à deux Universités : Namur (BUMP/CDRR) pour un exemplaire en français (environ 1200 albums) et Leuven (KUL/Kadoc) pour les autres langues et les archives.

Le Conseil d’Administration actuel est constitué de 6 personnes, auxquelles s’ajoutent 5 collaborateurs et 8 correspondants internationaux. Tous sont bénévoles. La revue Gabriel tire à 600 exemplaires et une centaine de personnes sont membres effectifs payant leur cotisation annelle de 40 €.

Un site professionnel et multilingue remplacera fin 2013 le blog provisoire actuel (http://criabd.over-blog.com). Une page facebook (bandes dessinées chrétiennes) transmet régulièrement des articles et événements. Un partenariat est en place avec Médias Catholiques (Wavre) et Chrétiens Aujourd’hui (Lyon). Après le livre La BD chrétienne (Cerf/Fides 1994, collection BREF n° 50, 128 pages), un Dictionnaire encyclopédique est en préparation.

 

  1. Historique : les trois périodes de la BD chrétienne

 

1941-1960 : Du Don Bosco de Jijé dans Spirou en 1941 (éd. Dupuis) au Charles de Foucauld du même auteur dans Spirou en 1959, une vingtaine de titres ont vu le jour en Belgique, en France et au Québec. Voici trois BD sélectionnées, toujours disponibles :

 

  1. Don Bosco par Jijé (Spirou belge 1941-42, 5 éditions Dupuis 1943-49, remake Spirou français 1946-48 et Moustique 1949-50, 6 éditions Dupuis 1950-90 et 2 éditions Salésiens 1967-97, Triomphe 2011).  Saint Jean Bosco (1815-1888), fondateur des Salésiens, ami des enfants pauvres de Turin, était le saint patron de Jean Dupuis, éditeur du journal de Spirou à Charleroi. En pleine guerre, il demanda à Jijé, Joseph Gillain (né à Gedinne en 1914, décédé à Versailles en 1980), de dessiner la vie de ce grand personnage, pour assurer la protection de la maison d’édition. Jijé en fit 110 pages dès 1941, en format italien, puis, après être passé à Turin en 1946, il redessina le tout en format A4. Cet album a reçu le Prix du Public en 1985 à l’expo « De Jijé à Vink, 45 ans de BD religieuses » à Maredsous. Jijé fut Grand Prix d’Angoulême en 1977. On lui doit un « Charles de Foucauld », une « Bernadette » (tous deux réédités par les éditions du Triomphe), un « Blanc Casque » (histoire d’une Robe Noire chez les indiens du Saskatchewan), un « Baden Powell » et « Emmanuel » (vie de Jésus). A partir de 10 ans.

 

  1. Monsieur Vincent par Raymond Reding (Journal Tintin 1951, 2 éditions Lombard 1957 et 2009, 1 édition Hélyode, collection Coccinelle 1992). Les éditions du Lombard à Bruxelles, concurrents de Dupuis, voulaient aussi un saint patron en BD. Après le succès du film « Monsieur Vincent » de Maurice Cloche en 1947, avec Pierre Fresnay, ils demandent à Raymond Reding (né à Louviers en 1920, décédé à Anderlecht en 1999) de dessiner la biographie du fondateur des Lazaristes et des Filles de la Charité, saint Vincent de Paul (1581-1660). C’est un chef-d’œuvre. Après cela, Raymond Reding ne dessina plus que des sportifs (Jari, Vincent Larcher, Section R, Eric Castel). Les postes belges et néerlandaises lui ont demandé de dessiner des timbres « Coupe du Monde de Foot-Ball » en 1998. A partir de 10 ans.

 

  1. Xavier par Pierre Defoux (Spirou 1953, La Libre Belgique 1990, Hélyode 1990, Coccinelle 2002). Pour célébrer les 400 ans de la mort de saint François-Xavier (1506-1552), l’éditeur Jean Dupuis demande à un jeune jésuite, étudiant en théologie, Pierre Defoux (né à Arlon en 1924, décédé à Bruxelles en 2013), de dessiner une biographie du patron des Missions, fondateur avec saint Ignace de la Compagnie de Jésus. Sous la signature « Le Ménestrel », il dessina 75 pages (deux par semaine) dans le journal de Spirou à partir du 12 février 1953. Ces pages parurent en noir et blanc dans le quotidien La Libre Belgique en 1990 avec un album chez Hélyode. En janvier 1991, il dédicaça cette première édition à Angoulême. Il aura fallu attendre 40 ans pour que l’auteur y complète, avec 17 nouvelles pages, cette aventure inachevée (Xavier au Japon) et encore 9 ans pour l’intégrale en 2 tomes et en couleurs aux éditions Coccinelle à Durbuy. En 2011, une exposition de toute son œuvre d’artiste complet fut présentée à Godinne-sur-Meuse. A partir de 8 ans.

 

1975-1995 : Après une période de non production, exception faite pour Belles Histoires, Belles Vies (images légendées chez Fleurus de 1947 à 1972), nous entrons dans une période plus catéchétique, où le nom du dessinateur n’apparaît même plus en couverture, seul compte le héros ou le thème. Voici cinq BD sélectionnées, toujours disponibles :

 

 

  1. François d’Assise par Dino Battaglia (Messagero de Padova 1974, Fleurus, 2 tomes Vivants Témoins 1976, intégrale Mosquito 2011). Sur un scénario du père Colasanti, capucin de Padoue, le grand artiste Dino Battaglia (né à Venise en 1923, décédé à Milan en 1983), ami de Hugo Pratt, a réalisé ce chef-d’œuvre avec l’aide de sa femme Laura. Sans cesse édité en italien, il a fallu 35 ans pour qu’une belle édition en français voie le jour grâce à Michel Jans, éditeur de Mosquito près de Grenoble. L’album, qui n’est pas destiné aux enfants, a reçu le Prix Européen de la BD chrétienne à Strasbourg en juin 2011, en présence de Laura Battaglia, de son fils Pierre et de deux amies de Milan, avec le parrainage du Cardinal Gianfranco Ravasi, préfet du Conseil Pontifical de la Culture.  « François d’Assise, un ouvrage mythique du maître vénitien, une rencontre émouvante avec la vie d’un saint qui refusa la richesse et le clinquant pour se consacrer aux pauvres et aux déshérités. Une œuvre habitée par un Battaglia au sommet de son art qui sans nul doute se sentait de profondes affinités avec le « Poverello ». (Michel Jans, Editeur de Mosquito, catalogue Mosquito 2011). Pour adultes et grands adolescents.

 

  1. La Bible par André Le Blanc (Pix, Etats-Unis, 1959, « The Picture Bible », David C.Cook Publ., Illinois, USA 1973, La Ligue, Guebwiller, 1977 en 6 tomes N/B, en 1987 en un tome couleurs, plusieurs éditions jusqu’en 2009). Gros succès d’édition. Se décline aujourd’hui en Bible complète + texte Evangile de Luc (760 pages), Nouveau Testament seul (288 pages) et Evangile (texte de Marc et dessin), à un prix abordable. Dessin classique bien documenté, dessin d’André Le Blanc, né à Cuba en 1921 d’un père français et d’une mère latino-américaine, décédé à Miami en 1998. Il a vécu aux USA et travailla pour les studios Eisner et Binder (Capt. Marvel), puis au Brésil au journal O Globo et aux éditions EBAL. Le scénario correct est l’œuvre d’Iva Hoth (1911-2007), protestante évangélique. Vendu dans les librairies religieuses catholiques. Traduit dans une vingtaine de langues. A partir de 10 ans.

 

  1. Froidure par Marco Venanzi (Fédération Abbé Froidure 1990, Hélyode 1992, Coccinelle 2003). Sur un scénario de Michel Dusart (né en 1943), Marco Venanzi (né à Rome en 1963) signe ici sa première BD. Il poursuivra sa carrière avec un personnage d’André Juillard (Masquerouge) et même un Alix (héros de Jacques Martin). L’abbé Edouard Froidure (1899-1971) est l’équivalent bruxellois de l’Abbé Pierre. Engagé volontaire dans l’armée belge en 14-18, ordonné prêtre en 1925, proche des pauvres et des enfants, il organise des colonies de vacances (Stations de Plein Air) et une œuvre sociale « Les Petits Riens » pour lutter contre l’exclusion. Résistant en 1940, il est un rescapé du camp de Dachau. Cette BD parlant des deux guerres, met aussi en lumière l’intérêt du roi Baudouin pour les plus défavorisés. A partir de 10 ans.

 

  1. Tonnerre en Chine par Luc Foccroulle (La Libre Belgique 1993, Hélyode 1993, Coccinelle 2007). Avec le scénario des deux frères, Dominique et Pierre Bar cette vie du père Vincent Lebbe, missionnaire lazariste belge (1877-1940), pionnier de l’inculturation par sa méthode de se faire Chinois avec les Chinois, le dessinateur Luc Foccroulle (né à Liège en 1967) a réussi une des meilleures BD de la fin du XXème siècle. Vincent Lebbe a fondé en Chine les Congrégations des Petits Frères de Saint-Jean-Baptiste et des Petites Soeurs de Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus ; il est aussi cofondateur en Belgique de la Société des Auxiliaires des Missions (SAM) et inspirateur de la société des Auxiliaires laïques des Missions (aujourd'hui Association Fraternelle Internationale). Promoteur de l'Église chinoise, ce missionnaire vécut avec héroïsme l'esprit évangélique de charité, de liberté, de joie et de détachement. Inspiré essentiellement des méthodes pauliniennes d'apostolat, il fut prophète en mettant tôt en oeuvre bon nombre des aspirations en faveur d'un christianisme vivant pour notre temps. Demeuré pleinement fidèle à l'Église malgré les contradictions, il mena jusqu'au bout son combat pour l'incarnation du message évangélique, en particulier par la défense de la justice et l'éveil de la conscience chinoise à elle-même et à l'Évangile. De très nombreux disciples se réclament aujourd'hui de son action et, plus largement, de son esprit. Grâce à lui de jeunes Chinois viennent étudier en Belgique. Parmi eux, Tchang qui rencontra Hergé et qui lui fournit le scénario du « Lotus Bleu ». Tchang a d’ailleurs préfacé « Tonnerre en Chine ». Promue par le journal bruxellois La Libre Belgique en N/B pour la planche quotidienne, assortie de belles couleurs pour l’édition en album, rééditée à Durbuy en 2007 à la demande de la SAM, la BD a été aussi traduite en chinois à Taiwan. Prix international de la meilleure BD chrétienne à Angoulême en janvier 1994. A partir de 10 ans.

 

  1. L’Abbé Pierre par Edmond Baudouin (La Vie, février-mai 1994, Miss/Acnav/Tom Pousse 1994, Altercomics/Acnav 2011). D’autres « Abbé Pierre » (résistant français, de son vrai nom Henri Grouès, 1912-2007, fondateur d’Emmaüs) en BD avaient été  dessinées par Raymond Reding dans Tintin en avril 1954  (repris en fin de l’album « Monsieur Vincent » chez Hélyode en 1992), par Noël Gloesener sur scénario de Pierre Dhombre en 1986 (Fleurus), par Léo Beker sur scénario de Benoît Marchon en 1988 dans Astrapi (Centurion-Bayard), enfin, toujours chez Bayard, par Marc Malès sur scénario de Jean-Louis Fonteneau en 1992, en 12 pages de Grain de Soleil, repris dans la Collection « Chercheurs de Dieu » n° 2. La BD d’Edmond Baudouin (né à  Nice en 1942), sous-titrée « Le défi », est fort différente : avec les scénaristes Alain Royer, Georges Carpentier, l’abbé Pierre et lui-même, il esquisse une biographie en noir & blanc très réaliste, s’inspirant de tableaux de Picasso ou de Cézanne, évoquant les violences en Yougoslavie ! Atmosphère des autres albums d’Edmond Baudouin (Couma Acò, Piero, Véro, le Chemin de St Jean, paroles de taulards, etc.), avec une profondeur sur la prière d’adoration dans la simplicité. C’est l’agence franco-japonaise Miss à Paris qui a eu l’initiative de cette BD, après avoir édité une autre BD sur l’œcuménisme (La Robe sans Couture), avec différents dessinateurs choisis par l’éditeur Kodansha de Tokyo, dont Edmond Baudouin. Pour adultes et grands adolescents.

 

 

1995-2015 : Les éternelles Belles Histoires, Belles Vies sont rééditées en couleurs par Fleurus de 1994 à 1998 (les 50 meilleurs titres), puis par Clovis de 2000 à 2009 (11 autres titres + 3 nouvelles créations). Voici douze BD sélectionnées, toujours disponibles :

 

     9.   Les Aventures de Loupio par Jean-François Kieffer, 9 tomes (Mame, de  2001 à 2012). S’il y a plusieurs BD sur saint François d’Assise (voir le n° 5, de Battaglia), le dessinateur Jean-François Kieffer (né à Strasbourg en 1957) en  avait déjà dessiné une comme « péché de jeunesse » en 1982 dans Astrapi. En 2010, il en a refait le scénario pour Gaëtan Evrard et un bon « François d’Assise » a donc paru chez Mame, à portée des enfants. Mais, indirectement, avec Loupio, ce ménestrel de fiction, on découvre au détour des pages le saint protecteur des animaux et de l’écologie. Inspirées des Fioretti, ces courtes ou longues histoires sont pleines d’humanité et de fraicheur, servies par de belles couleurs. En bonus, des CD de chansons, coffret avec statuette 3 D, puzzle, jeu du chemin de Compostelle, etc. Le même dessinateur a aussi « commis » 4 BD petit format, avec Christine Ponsard (1956-2004) comme scénariste, sur l’Evangile et les Actes des Apôtres + 5 albums de coloriage. Une merveille ! Il faut dire que Jean-François Kieffer est diacre dans le diocèse de Verdun, homme de prière, animateur à la guitare et père de famille. A partir de 6 ans.

 

10.  Le Pèlerin russe par Gaëtan Evrard (Coccinelle 2001). « Récits d’un pèlerin » est le titre d’un livre anonyme russe du XIXème siècle, traduit en français en Belgique au prieuré d’Amay en 1928. Il a été traduit aussi en plusieurs autres langues et réédité, ainsi qu’une suite, moins connue. Magistralement dessinée par Gaëtan Evrard (né à Namur en 1959), elle précède deux autres BD orthodoxes, toujours chez Coccinelle, Starets Silouane et Starets Séraphim. Qui n’a pas, un jour rêvé de prendre son bâton de pèlerin pour sillonner les routes avec pour seule nourriture terrestre celle que le hasard des rencontres vous procure et comme seul but la prière et l’intimité avec Dieu ? Le pèlerin anonyme, lui, a fait de son rêve la réalité de toute une vie. Sans abri, un pain sec et une Bible, voilà résumée la fortune de notre pèlerin. En route pour Irkoutsk en Sibérie, il part en quête de comprendre les mots de la Bible et la manière de « prier sans cesse » (saint Paul). L’histoire du pèlerin russe, c’est la communion d’un      homme avec Dieu et avec tous les hommes. L’intensité du parcours      initiatique est bien rendue. Un beau jeu de couleurs chaudes et de      mouvements légers donne à l’ensemble un sentiment d’intimité et de      réconfort. A partir de 10 ans.

 

Le Secret de l’Arche par Frédéric Bihel, 2 tomes (Glénat 2004 et 2006). Connu pour avoir succédé depuis 1994 à Didier Convard dans la série « Les Héritiers du Soleil » chez Glénat, le dessinateur français Frédéric Bihel (né en 1965) a dessiné encore trois BD « Malienda » chez le même éditeur. La rencontre de Jacques Glénat et du père Samuel R. (communauté St- Jean de St-Etienne) a donné deux scénarios bibliques : les rois Saül et David sous le titre « Le Secret de l’Arche ». On attend encore le tome 3 « Salomon », mais Frédéric Bihela été bien occupé depuis lors, entre autres chez Casterman avec les scénarios de Maryse et Jean-François Charles : « L’Afghan Massoud » et les deux tomes « Africa Dreams » (le Congo du roi Léopold II). Le dessin de Frédéric Bihel surprend, mais il est bien fidèle à l’atmosphère du début de la Royauté en Israël il y a 3000 ans : batailles, jalousies, trahisons, voyance, sentiments. Pour adultes et grands adolescents. 

 

A fond la vie par Floris (Béatitudes). Déjà avec « Un bonheur sans  limite » (1990) et « Prier, c’est quoi ? » (1991) aux éditions du Serviteur, Floris Brouwers (né à Anvers en  1959) a séduit les jeunes et les enfants avec son dessin spirituel (dans les deux sens) en noir et blanc. Aux éditions des Béatitudes, deux nouveaux livres de 200 pages, pleins de références et de citations d’auteurs religieux : « Réveille ton cœur, sur les pas de Silouane et des Pères du désert » (1992, traduit en néerlandais et en hongrois) et « A fond la Vie » (2004). Grâce à sa vie partagée avec les plus pauvres et son expérience à l’Arche de Jean Vanier avec des personnes handicapées, Floris témoigne d’une Foi lumineuse. Il invite les lecteurs à changer de regard  et à entrer dans la logique de l’Amitié, de l’Ecoute, du Pardon et du Partage. Il en sort un livre drôle, profond et émouvant qui fait découvrir en dix chapitres comment notre vie ordinaire peut se transformer en formidable histoire d’Amour. Chez le même éditeur, Floris a encore dessiné deux albums BD de 48 pages en couleurs : « Yaël agent secret de la joie » (2007) et « Yaël chasseur de déprime » (2010). A partir de 10 ans.

 

 

 La Bible en manga par Ryo Azumi & Kelly Shinozawa, (original japonais en 5 tomes, Nextmanga 2006-2011, édition française BLF 2008-2012). Traduit en 17 langues, ce premier manga en couleurs sur la Bible, dans le sens occidental de lecture, a de quoi séduire jeunes et adultes, même si ces derniers ne sont pas familiarisés avec l’écriture manga : grands yeux, larmes, gouttes de sueur, onomatopées, sentiments exagérés… Les 5 M donnent des sous-titres aux 5 récits de 300 pages chacun : Mutinerie (Exode), Magistrats (Juges), Messagers (Prophètes), Messie (Evangile) et      Métamorphose (Actes des Apôtres). Deux dessinatrices s’acquittent avec brio de ce monument : Ryo Azumi (née en 1959 à Tokyo) pour l’Ancien Testament (y compris le texte) et Kuzumi (Kelly) Shinozawa (née en 1970 à Nagoya) pour le Nouveau Testament, avec Hidenori Kumai pour le scénario. Prix Gabriel en 2009 et Prix Angoulême en 2010. En 2013, ces 5 volumes sont réunis dans un coffret. Présenté ainsi par le diffuseur : « Un moyen d’accès à la Bonne Nouvelle, une bonne stimulation pour vouloir en savoir davantage sur la Bible et les valeurs qu’elle véhicule. Des références bibliques en bas de page invitent les lecteurs à découvrir le texte biblique illustré. On pourra bien sûr toujours discuter de la manière dont les artistes ont scénarisé telle ou telle scène, de la façon dont ils représentent un ange ou le diable, des traits qu’ils donnent aux divers personnages…tout comme on discutera de tous ces films qui mettent en scène des épisodes de la Bible. Libre à ceux qui le souhaitent de faire l’exégèse des images et de la comparer à une bonne exégèse du texte. Toujours est-il que ces livres mangas entrent là où une Bible traditionnelle n’entrerait pas. Notre objectif premier, en tant que Société Biblique, est d’offrir à chacun un accès au texte biblique. C’est la raison pour laquelle, nous sommes devenus les diffuseurs de ces mangas en Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg. » A partir de 8 ans.

 

14. Le Voyage des Pères par David Ratte, 7 tomes (Paquet 2007-2012). Trois papas d’apôtres, recherchent leurs fils disparus avec Jésus. La caméra est centrée sur les pères et non sur Jésus. Le premier cycle, sur l’Evangile,  met en valeur Jonas, père de Simon-Pierre et André, puis Alphée père de Jacques, enfin Simon père de Matthieu. Le second cycle présente un ancêtre égyptien de Jonas, Yona, de la cour de Pharaon à la Terre promise, tout au long de l’Exode : Descendance, Turbulences, Effervescence, Transhumance. Tout en respectant à peu près le texte biblique, David Ratte (né en 1970 à Besançon d’un père guadeloupéen et d’une mère franc-comtoise), dessine de manière caricaturale et humoristique. Il a reçu le Prix de la BD chrétienne à Angoulême en 2008 et 2011. Voici comment l’auteur s’exprime : « Depuis longtemps j'avais envie de traiter d'un sujet biblique. Qu'il soit considéré comme religieux ou simplement historique, je trouve que la Bible est un livre absolument incontournable dans notre culture et que c'est une véritable mine d'or pour un scénariste. D'ailleurs beaucoup de films ou de romans sont plus ou moins des dérivés d'histoires bibliques. Sans compter que la Bible constitue la base de nos valeurs morales. 2000 ans après ces évènements, il est facile d’avoir une opinion sur le sujet. Par contre ça n’a pas dû être simple pour les gens de l’époque. Donc je trouvais intéressant de me concentrer sur les personnages secondaires plutôt que sur Jésus lui-même. Personnellement je n’apprécie pas beaucoup la mode actuelle consistant à se moquer des convictions religieuses ou à réinventer l’histoire avec des théories de plus en plus rocambolesques. Je n’ai pas aimé le Da Vinci Code, pas plus que je n’ai approuvé les caricatures de Mahomet. Le fameux « droit d’expression » est un droit qui implique aussi des responsabilités, à commencer par le respect de l’autre. D’un autre côté, je ne voulais pas tomber dans le prosélytisme. Donc, comment parler de religion sans la critiquer, ni lui faire de la publicité ? C'est un équilibre que je voulais absolument maintenir dans mon écriture, sans savoir si j'y parviendrais vraiment. Les réactions de mes lecteurs m'ont rassuré à ce sujet. Un troisième cycle est prévu en 2014 : nous remonterons alors jusqu’à la période du déluge, avec un ancêtre de Jonas et de Yona. » A partir de 10 ans.

 

  15. Ben Hur par Jean-Yves Mitton, 4 tomes (Delcourt 2008-2011). L'origine de Ben-Hur se trouve dans un roman écrit en 1880 par le général américain Lew Wallace : « A Tale of Christ ». Adapté au théâtre en 1899, il fut joué pendant 20 ans sans interruption aux Etats-Unis. Cette BD est l'adaptation de ce roman et non du film. An 27, Jérusalem est sous le joug de l'Empire romain. Alors que couve une rébellion, Juda Ben Hur, prince de Judée, retrouve après cinq ans d'absence son ami d'enfance, Messala, devenu tribun romain. Jean-Yves Mitton (né en 1945 à Toulouse) est l’auteur de plusieurs séries à succès : Vae Victis, Quetzalcoatl, Attila, Chroniques Barbares, … et voici Ben Hur. Dès les premières planches, on peut remarquer sa marque. Mitton n'est pas un croyant, mais l'auteur de Vae Victis nous a plus habitués aux ténèbres qu'au Ciel. Et son œuvre décrit mieux l'enfer des hommes sur la terre que dans la géhenne. Mais les différences sont là. Le dessin d'abord, beaucoup plus lumineux, les contours des personnages et des objets, pleins, moins bigarrés, les visages moins sauvages ou bestiaux, même ceux des Romains, les maisons ou monuments ne ressemblent pas à des châteaux hantés, les paysages ne sont plus des décors de cauchemar. Juda est un véritable héros, positivement parlant. Non qu'il ait la puissance, au contraire, mais parce qu'il semble rester pur, même dans l'adversité. Nous dirions presque innocent. Tout comme Messala, par contraste, fait figure de méchant jusqu'à la caricature. Il y a là peut-être un retour partiel du héros classique de la BD. Ainsi, le dessin rejoint le récit dans un même esprit d'apaisement; même si l'histoire ne peut être que dramatique, elle devient humaine. Les 4 tomes « Messala », « Quintus Arius », « Cheik Ildekim » et « Golgotha » ont été nominés par le Prix Gabriel. A partir de 10 ans.

 

 16. Les Indices pensables, par Brunor, 4 tomes (Jubilé 2009-2011, France     Catholique 2011-2012). En quatre enquêtes sur Dieu, le philosophe et dessinateur Brunor (né à Paris en 1955), par ailleurs scénariste de plusieurs BD chrétiennes, ne peut pas nous fournir la preuve de l’existence de Dieu, mais nous propose plusieurs « indices » : « Le Mystère du Soleil froid », « Un Os dans Evolution » (Prix Angoulême), « Le Hasard n’écrit pas de message » et « La Lumière fatiguée ». Voici comment s’exprime l’auteur : « Dans un premier temps, les indices nous montrent en effet que l'hypothèse d'une Intelligence créatrice est plus raisonnable que celle du matérialisme athée. Comment en savoir plus sur ce Créateur ? En menant une autre recherche, tout aussi objective : un Créateur n'aurait-il pas essayé d'entrer en relation avec des êtres humains doués d'intelligence ? Si oui, on doit en voir des traces dans l'histoire de l'humanité. Comment discerner entre toutes les pistes trouvées parmi les religions et les philosophies contradictoires ? C'est toujours l'expérience qui nous guide : si une philosophie ou religion dit VRAI sur l'univers, les vivants, l'Homme, on aura tout intérêt à l'étudier de près car il y a fort à penser que ses informations viennent en effet du Créateur lui-même. C'est ce que prétendaient les prophètes d’Israël et le Christ, qui, précisément, sont désormais confirmés ». Pour adultes et grands adolescents.

 17. Joseph, du rêve à la réalité, par Philippe Hochet (Tournesol 2009, La Ligue 2012). Le mensuel Tournesol de La Ligue (protestants évangéliques) est la seule revue de BD chrétiennes en français. Philippe Hochet (né à Rennes en 1957) en est un des principaux responsables, en plus d’être dessinateur, scénariste et coloriste. On lui doit plusieurs albums, mais celui-ci est le plus vivant et le plus intéressant. Il a reçu une mention spéciale à la fois à Angoulême et à Bruxelles. Dès la phrase introductive reprise aux Actes des apôtres et dès la première image, l’accent est mis sur le rapport ponctué de questions entre Dieu et Joseph : le récit pourrait donc rejoindre la question de beaucoup de gens aujourd’hui : « Pourquoi, Seigneur ? » Agréablement dessiné et dialogué, le récit respecte le cadre historique possible et les données des chapitres 37 à 50 du livre de la Genèse. Dans cette longue section de la Bible, Dieu n’est cité qu’une vingtaine de fois, comme une référence ; chacun de ces passages-là est repris dans la BD, qui y ajoute une dizaine de mentions de relation à Dieu (entre autres dans des prières ou des professions de foi en Lui). Le résultat en est que la BD est plus marquée de cette présence explicite que le texte d’origine, mais qu’elle peut dès lors rejoindre (peut-être) des questions des lecteurs. A partir de 8 ans.

 

 18. Une vie donnée à Dieu et aux hommes, les moines de Tibhirine-Fès-Midelt,  par Dominique Bar (Signe 2011). Quinze ans après l’assassinat de 7 moines du monastère Notre-Dame de l’Atlas en Algérie, l’évêque d’Angoulême, Mgr Claude Dagens, qui avait visionné récemment le film « Des hommes et des dieux », annonce publiquement son souhait de voir une BD sur le même sujet. Deux éditeurs français ont relevé le défi : le Triomphe en août 2011 avec Jean-Marie Michaud au dessin et Patrick Deschamps au scénario, Le Signe trois mois plus tard avec Dominique Bar (né à Liège en 1957) au dessin et Gaëtan Evrard (né à Namur en 1959) au scénario, Les deux BD, de 40 et de 48 pages, avec des titres différents, racontent la même histoire. Si le premier fourmille de détails historiques, depuis saint Augustin l’algérien, saint Benoît, la Trappe de Staouëli et Charles de Foucauld (qui y a séjourné), le second offre une histoire plus linéaire et donc plus lisible. On connait l’histoire : « les frères de la montagne » sont venus la nuit du 26 mai 1996 chercher les 7 religieux. Or il y avait un moine, ancien de la communauté, qui était en visite : frère Bruno, prieur de Fès. Le frère Paul venait de rentrer d’un séjour en France. Tous deux ont été emmenés avec les frères Christophe, Célestin, Michel, Luc le médecin et Christian, le prieur. Sont rescapés les frères Amédée, mort à Aiguebelle en 1998 et Jean-Pierre, qui vit au monastère de Midelt, à 200 km de Fès, au Maroc. Le cheminement personnel de ces 9 cisterciens est bien décrit dans la première BD. La seconde met en valeur l’évêque d’Alger, Mgr Duval. Ces BD sont importantes pour comprendre une présence chrétienne priante en milieu musulman. Prix Gabriel 2012 et mention spéciale Angoulême 2013. A partir de 10 ans.

 

19. Saint Amand l’Aventurier, par Antonio Cossu & Benoît Fauviaux  (Amandicus 2012). Né en Sardaigne en 1952, Antonio Cossu est professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai. Benoît Fauviaux, né à Frameries en 1976, est un de ses élèves. A deux, ils relèvent le défi de raconter la vie d’un émule de saint Martin, qui évangélisa surtout la Belgique au 6ème siècle, en convertissant, entre autres le Gouverneur de Gand qui devint saint Bavon. Cette BD relate fort bien la vie de saint Amand, né vers 584 dans le Bas-Poitou. Il commença dans l’île d’Yeu son apprentissage de la vie monastique, s’orientant ensuite vers la vie érémitique, à Bourges, avant de commencer le ministère itinérant qui fera de lui le grand missionnaire du nord de la Gaule et de la Belgique. Ordonné évêque en 629, mais sans siège fixe, il évangélisa la région de Gand, en accord avec saint Achaire, évêque de Noyon-Tournai. Evêque-prédicateur durant 17 ans, il fut affecté à l’évêché de Tongres, alors transféré à Maastricht. Impuissant devant l’indocilité de ses diocésains et les mœurs mauvaises de son clergé, il se démit en 649 pour retourner à la vie monastique. On lui doit alors la fondation des deux grands monastères gantois (Mont-Blandain et « Ganda », appelé plus tard Saint-Bavon), peut-être de Marchiennes, de Leuze, de Renaix mais surtout d’Elnone, sur la Scarpe : Saint-Amand-les-Eaux dont il fit son centre d’action. Saint Amand jouit d’un culte fort étendu puisque 27 églises dans le diocèse de Tournai lui sont consacrées. Cette BD témoigne bien de la réalité sociale, économique et religieuse de l’évêque-prédicateur. Par ailleurs, le fantastique évoqué (saint Amand contre le dragon) est interprété de manière symbolique (et non ad litteram, ce qui est toujours rassurant) : « On peut dire qu’il affronte aussi ses propres peurs ». A partir de 10 ans.

 

20. Jeanne la Pucelle, Tome 1, Entre les bêtes et les anges, par Jean-François Cellier et Fabrice Hadjadj (Soleil 2012). Une BD de plus sur Jeanne d’Arc (1412-1431), après une multitude de livres, de pièces, de films... Autant d'œuvres qu'on pourrait classer en deux catégories : de ceux dont le propos est de "dire enfin la vérité après tant de mensonges". Et bien plus fournie heureusement, de ceux qui brûlent de dire, de donner "leur" Jeanne, celle que confusément ils ressentent, celle à laquelle ils veulent redonner vie et parole, tant elle leur semble vouloir être présente aussi à notre époque troublée. Bien sûr, les choses ne sont pas aussi tranchées. Mais c'est assurément au sein du second groupe qu'on peut situer le dessinateur Jean-François Cellier (né à Lyon en 1973) ainsi que le scénariste Fabrice Hadjadj (philosophe, essayiste, dramaturge, né à Nanterre en 1971) le premier a su entraîner le second dans cette aventure, qui va se poursuivre au long de deux autres albums. C’est la première BD chrétienne de l’éditeur Soleil à Toulon et elle partage le même grand Prix de la BD chrétienne à Angoulême et à Bruxelles. Pour adultes et grands adolescents. D’autres BD sur le même sujet conviendront mieux pour les enfants : Jehanne d’Arc, gagner la Paix, dessin de Dominique Bar et scénario de Brunor, Collection A Ciel ouvert, Mame 2008 et Jeanne d’Arc, dessin d’Etienne Jung, scénario de Jean-Louis Fonteneau, Collection Les Chercheurs de Dieu n° 9, Bayard Jeunesse 2012.

 

 

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